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Feria d'Arles
ambiance
(extrait de La Provence du 14 septembre 2003 ) |
Quatre
jeunes garçons ont emballé le public en ouverture des
deux corridas d’hier.
Ils sautent les taureaux de combat, et ont fait
découvrir une tradition bien vivante en Espagne.
On les surnomme "Chipo", "Foro", "Majette" et "Yuño".
Chemises blanches et pantalons de couleurs, ces quatre garçons d’une
vingtaine d’années sont intervenus pour la première fois
en ouverture d’une corrida française. Originaires de la région
de Valencia ils nourrissent une passion particulière que le public arlésien,
pour sa plus grande part, ignorait encore hier matin. Ils sont recortadores...
C’est dire qu’ensemble, chacun dans une excellente condition physique,
ils passent le plus clair de leur temps avec des taureaux de combat. Avec leur
dégaine de skatteurs-rapeurs, ils ne font pas de tauromachie classique,
avec une cape... Sans leurre, ils effectuent des figures très physiques,
juste entre les cornes. Ils sont ainsi capables de s’écarter au
dernier moment, sur la charge de l’animal. Plus spectaculaire : ils peuvent
sauter, à pieds joints, ou en s’aidant avec une lance, et même
faire un saut périlleux pour passer l’animal ! A Arles, ils ont
tout fait - y compris détourner sa charge avec une fleur - et le public
a vraiment apprécié leur courage.
Les recortadores sont les dignes héritiers des "Matas-Toros",
ceux-là qui, lorsque les corridas se déroulaient sur les places
des villages, achevaient les taureaux combattus par les cavaliers. C’était
au XVIIIe siècle, au temps de Goya, et c’est pour cela que les
quatre téméraires ont trouvé place en ouverture des deux
corridas... goyesques !
Comme toutes les fois les recortadores se sont avancés vers le toril
la peur au ventre. Ils voulaient faire fort, histoire, pourquoi pas, de revenir.
D’autant que, au moins pour deux d’entre eux, la Camargue est une
terre aimée. Je me souviens d’avoir rencontré des recortadores
espagnols. Pour témoigner de leur aficion, ils n’hésitaient
pas à lever leur tee-shirt, et montrer leurs cicatrices. Hier, toujours
aussi démonstratif, un des gars a soulevé le bas de son pantalon
pour dévoiler un tatouage représentant une grande croix de Camargue,
entourée de flammes. Il se murmure que du côté de Salin-de-Giraud
ces jeunes passionnés s’amusent avec le bétail du pays.
Avant-hier à Bilbao, en milieu de semaine prochaine à Valladolid,
ils interviennent pour des spectacles avec plusieurs taureaux... ou se déguisent,
pour faire beaucoup rire. Hier ils ont, tout simplement, impressionné.
Julie Zaoui
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