Gianmaria Testa
chemine poétique
sans obligation

Cheminot par protection. "Ainsi, je ne suis pas obligé d'être artiste. Je fais partie de la chaîne ordinaire." Cheminot à tiers temps. "La chanson, c'est simple. Ce qui est compliqué, c'est tout ce qu'il y a autour. Alors, je m'occupe des trains, et quand j'ai fini mon travail, je signe la feuille de route et je ne pense plus aux trains.
Gianmaria Testa, auteur, compositeur et interprète italien, a bâti son histoire artistique en "faisant le chef de gare", comme d'autres font l'avocat ou l'agriculteur, dans la plus pure tradition des cantatori italiens, les gardiens du savoir-faire chanté. N'allez pas croire que Testa le campagnard balade une lanterne sur un quai en broussaille : le FS - la SNCF italienne - lui a confié un tronçon de ligne sur le Turin-Nice, "de Fossano à la frontière française", sur laquelle il veille derrière des écrans d'ordinateurs.
Ce Piémontais, rebelle au suivisme, promène une moustache anarchique, des lunettes cerclées de fer façon Fernando Pessoa, des costumes élimés, et tient à portée de main un paquet de cigarettes brunes et une guitare de bois. Découvert à 36 ans, en 1995, par sa productrice française, Nicole Courtois-Higelin, le chanteur, longtemps amateur, a depuis enregistré cinq albums de chansons faites d'amour et d'impressions. Il a chanté à l'Olympia, à Paris, tourné de Bruges aux Abruzzes, et il est toujours chef de gare."Tes chansons servent à un garçon pour s'improviser homme, elles servent à un homme pour redevenir garçon. Une femme soupire : si c'était vrai. Tant que tu chantes, c'est vrai", écrit Erri De Luca, romancier et poète napolitain, auteur de Montedidio (éd. Gallimard), sur le livret de l'album Altre Latitudini qui vient de paraître.

Véronique Mortaigne
Le Monde

Altre Latitudini, sortie le 24 octobre, 1 CD Chant du monde/Harmonia Mundi. Concert : Paris (Café de la danse) du 10 au 15 novembre, puis tournée en France et en Italie.