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Charles Gonzales devient Camille Claudel
"surtout ne me trompez plus"
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Charles
Gonzales devient Camille Claudel, canevas de lettres mis en scène et interprété par Charles Gonzales,
Théâtre du Lucernaire, 53, rue Notre-Dame-des-Champs, Paris
VIe.
«
Surtout ne me trompez plus», écrit en post-scriptum une
lettre de Camille Claudel à son amour et maître Auguste
Rodin en juillet 1891. La sculptrice, âgée de 27 ans, séjourne à la
campagne, non loin d'Azay-le-Rideau (Indre-et-Loire), où elle
souhaite qu'il la rejoigne. Elle lui parle de foins coupés, d'avoine
et de blé, ainsi que d'une rivière où se baigner. «Je
couche toute nue pour me faire croire que vous êtes là mais
quand je me réveille ce n'est plus la même chose.»
Rage.
Déjà Camille vacille, oscille entre ironie et supplication
: «Surtout ne me trompez plus.» La disciple soumise s'avère
amante exclusive. La vindicte couve. La rage explosera plus tard. On
dit que cette mythique liaison entre le professeur d'envergure et sa
pire que talentueuse élève inspirèrent à Ibsen
son dernier drame : Quand nous nous réveillerons d'entre les morts,
une histoire de résurrection dans et par le marbre qui fascina
James Joyce. Au point que l'Irlandais en fit la matière de son
premier texte jamais publié, l'année 1900, où Camille,
installée quai de Bourbon dans un nouvel atelier, commençait à trop
souvent se consoler avec le vin et parfois à casser volontairement
les moules de ses sculptures, et ne plus guère faire attention à sa
mise, ni à son sommeil. Seule, de plus en plus. Traitant bientôt
Rodin d'huguenot, de plagiaire.
Vers
1980, est parue une première biographie jusque-là tue
de Camille Claudel. Sont venues les recherches des historiens Jacques
Cassar ou Anne Rivière. Puis l'exhumation en 2000 du dossier psychiatrique
de l'hôpital de Ville-Evrard, «maison de santé» où la
soeur aînée de l'ambassadeur-poète se voit internée
le 10 mars 1913, une semaine après la mort de Louis-Prosper Claudel,
le père, le seul à vouloir la protéger de ses démons.
Pour signer un diagnostic et une fiche initiale d'internement, on n'a
pas à chercher loin : le docteur Michaux habite un étage
au-dessus du local de la malade mentale.
Disparus.
Dans sa cinquantième année, Camille Claudel
entre pour le reste de ses jours dans ce que Louis Althusser a bien vu
comme le monde des disparus. Camille Claudel, transférée
en 1914 à l'hospice de Mondevergues, près d'Avignon, est
morte trente années plus tard, en octobre 1943, sans avoir reçu
une seule visite de sa mère, ni guère vu son frère
et sa soeur. Se demandant tout du long pourquoi on la laissait là,
rusant pour que ses lettres fussent postées, honnissant la nourriture
immonde, la décrivant comme elle savait décrire tout, en
un français clair, rythmé, parfois même presque allègre
et comme innervé de tournures paysannes micacées d'humour.
Femme-frère. Ces missives, et les réponses qu'à l'occasion
elles suscitaient, ont été récemment publiées.
L'acteur Charles Gonzales a extrait de tout cela une heure et dix-sept
minutes d'un solo de théâtre en forme de miracle, cadeau
bouleversant où il n'est plus question ni d'homme, ni de femme.
Mais d'une femme-frère séquestrée en appelant, de
tout l'amour qui lui reste, à cet homme-soeur prénommé Paul,
l'auteur de Tête d'or et du Partage de Midi, qui écrirait
en 1953, dix ans après la dispersion des restes de Camille dans
une fosse commune : «Quand je pense à elle, toujours le
même goût de cendres dans la bouche.»
La haine
du dramaturge pour Rodin, ce «sanglier», voire
ce «cochon» exista. C'est ici l'absence compacte de Paul
qui se dessine. L'anticléricale Camille, sans âge, ni sexe,
figure en scène de la folie qui gagne, demande au dévot
ce que peut bien être un bon dieu qui vous laisse moisir parmi
les cris et la crotte de ceux qui n'ont plus leur tête. Elle raisonne.
A la façon d'une autre, Sarah Kane, suicidée il y a peu
dans un hôpital londonien, et qui dans 4.48 Psychose insulte ainsi
Dieu : «Va te faire foutre, puisque tu me fais aimer quelqu'un
qui n'existe pas.»
Malléable. Gonzales, 47 ans, visage gitan, hypermobile, malléable,
est le fils d'un Espagnol qui fut l'avocat du poète Garcia Lorca
avant de quitter presto Grenade pour Paris en 1936. Comédien formé notamment
par Vitez, il a eu la chance de côtoyer Alain Cuny, de souvent
parler avec Maria Casarès. C'est à la manière un
peu du nô japonais qu'il déroule la correspondance de Camille,
avec Rodin, son frère, sa mère, ses marchands, amis, avant
et après enfermement. Gonzales évite l'identification.
Littéralement folle est sa tendresse pour l'infortunée.
Pour qui se supprimer ne pouvait être «une catégorie
de l'espérance». Au-delà de la beauté, de
la laideur, en sa vérité, une enterrée vivante là toute
en vie.
Rens. : 01 45 44 57 34.
Du mardi au samedi à 18h30.
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