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Auguste Chabaud
peintre de la campagne
(extrait de Liberation du 25 novembre 2003 ) |
Auguste Chabaud. La ville de jour comme
de nuit, Paris 1907-1912.
Musée Cantini, 19, rue Grignan,
13006 Marseille. Tél. : 04 91 54 77 75. Jusqu'au 1er février.
Catalogue, 272 pp., 35 euros.
C'est la nuit. Des enseignes d'hôtels à putes éclairent
de leurs reflets criards une rue de Pigalle. Les fiacres déversent
des hommes chics, abordés par d'étranges créatures,
les yeux exagérément fardés d'un noir très épais.
Ces scènes du Paris d'avant les tranchées pourraient avoir été tracées
par un de ces expressionnistes allemands de passage dans la capitale. Sauf
qu'elles sont signées Auguste Chabaud, artiste classé avec
condescendance parmi les peintres provençaux, qui doit sa petite
renommée à des paysages de collines ensoleillés.
«Production cachée». C'est le mérite du musée
Cantini de Marseille que de faire découvrir un Chabaud inconnu,
très limité dans le temps, celui de ses cinq années
parisiennes (1907-1912), avant retour à Graveson, au sud d'Avignon,
mariage, huit enfants... et la peinture de la campagne.
«Si l'on connaît si peu cette production parisienne de Chabaud,
c'est parce que lui-même l'a tenue cachée», explique
Véronique Serrano, commissaire de l'exposition qui a oeuvré à rassembler à Marseille
80 peintures de l'intéressé sur un total estimé entre
120 et 130 dessins disséminés en Europe. Contrairement à son
aîné Cézanne, dont le génie s'est révélé après
le retour vers l'Aix natal, c'est à Paris que Chabaud a fait preuve
de puissance esthétique. Pourquoi ces cachotteries ? La réponse
se trouve dans le texte de présentation de sa première exposition
personnelle, chez le galeriste Bernheim Jeune en 1912.
Justifiant
l'occultation de ses peintures parisiennes, Chabaud théorise
: «Mes toiles prennent toutes leurs sources dans la nature, seule
base inflexible sur laquelle échafauder une oeuvre d'art et hors
de laquelle tout est folie.» Folie donc que ces bals exhalant une
odeur de libertinage débridé, que cette ville en mutation
avec son métro, son Magic Circus et ses réclames envahissantes.
Folie surtout que ces femmes aux seins trop capiteux, pensionnaires de
bordels tapissés de rouge sombre. Rien à voir, du reste,
avec le noceur Toulouse-Lautrec : Chabaud, petit-fils de pasteur protestant,
ne croque ses femmes de petite vertu qu'avec honte. De ce
Paris qui le hante, il se rappellera y être allé «comme un soldat
va vers la mitraille».
Cette
face sombre du peintre provençal paraît aujourd'hui
la plus originale. «Une face qui n'a rien de fauve, souligne la commissaire,
car trop portée vers le nocturne, mêlant fascination et malaise
face à la ville moderne.» Un aspect qui le rapproche plus
d'un Ernest Ludwig Kirchner, expressionniste berlinois, que des oeuvres éclatantes
des Matisse ou Derain.
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