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François Beranger
chanteur engagé
est mort de l'avoir trop été
(dépêche AFP du 14 octobre 2003 ) |

Le
chanteur libertaire François Béranger, qui
connut une forte notoriété dans les années 70, est
mort des suites d'un cancer mardi matin à son domicile de Sauve
(Gard), à 66 ans, a-t-on appris auprès de son entourage.
C'était un artiste engagé, un homme qui mit ses mots et
mélodies au service des exclus et des laissés-pour-compte
de la société.
Personnage
bourru, passionné d'aviation (il fut un pilote émérite),
autodidacte à la large palette (il construisit sa maison de ses
propres mains, avait-il raconté à l'AFP il y a quelques années),
cet homme au physique en lame de couteau s'était fait connaître
au début des années 70 avec "Mamadou m'a dit",
composition dans laquelle il épinglait les comportements racistes.
Cette
chanson lui avait été inspirée par son passage à la
fin des années 60 dans les usines Renault - alors un des "temples" de
la culture ouvrière - à Boulogne-Billancourt, où il
avait travaillé comme agent technique.
Passionné par la chanson, après être passé par
le théâtre au sein de la troupe de La Roulotte (1959), François
Béranger était revenu à ses premières amours
en se lançant dans le circuit des clubs folk au début des
années 70.
Ce disciple
d'Aristide Bruant (dont il avait inscrit la chanson "A
la Goutte d'Or" à son répertoire) apparut quelques années
avant Renaud, Bernard Lavilliers, Maxime Le Forestier, ouvrant la voie à cette
génération de chanteurs révoltés de la première
moitié de cette décennie.
François Béranger mit son métier au service de ses
idées et il donna quantité de galas bénévoles
pour des partis d'extrême gauche ou pour des ouvriers en lutte. Contempteur
de la société de consommation ("Combien ça coûte"),
il croyait aussi aux lendemains qui chantent: "Au coin des rues, on
a remplacé flics, cognes et agents par des accordéons".
Même s'il n'était pas homme à laisser s'épancher
ses sentiments, il savait aussi se faire tendre avec des chansons comme "Pour
ma grand mère", "Natacha"...
François Béranger fut un des ambassadeurs de l'"esprit
de mai 1968", comme Catherine Ribeiro, avec laquelle il se produisit
souvent dans des galas. Comme elle, l'arrivée de la gauche au pouvoir
en mai 1981 accompagnera le reflux de sa popularité.
Il tentera
de faire un retour dans les années 80, mais l'époque
avait changé et, à part les fidèles, le large public
n'était plus au rendez vous. "Dure-Mère" en 1989,
puis, à la même époque, des concerts à Paris,
au Trianon notamment, ne parviendront pas à le replacer durablement
sur l'avant-scène. Ces dernières années, on le reverra
au Lavoir Moderne Parisien (LMP) à Paris, et, il y a encore un an,
en septembre 2002, au Limonaire, dans la capitale toujours.
François Béranger venait d'enregistrer un album consacré aux
chansons du Québécois Félix Leclerc. Quelques représentants
de la jeune génération avaient commencé à réahiliter
cet esprit libre, tel Sanseverino qui avait enregistré son "Tango
de l'ennui" sur son premier album et faisait de cette chanson sarcastique
un des temps forts de ses concerts.
Il sera
enterré samedi à Castelnau-le-Lez, près de
Montpellier.
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